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11/06/2010

Titia et l'apnée, ou l'amour du CO2.

L'apnée.

L'apnée, dans l'imaginaire collectif des gens, c'est se mettre au fond de la piscine et tenir le plus possible en se bouchant le nez. Une personne moyenne tiendra environ 20 secondes.

L'apnée, dans l'imaginaire, c'est Jacques Mayol, c'est le grand bleu, ce sont des personnes sur-humaines, sur-développées, mi-dauphins mi-hommes.

Et pourtant.

J'ai fait comme la plupart des gosses : des palmes, un masque un tuba Décathlon, et puis dans l'eau, partout, tout le temps.

A ramener des oursins à la maison qui pourrissaient lamentablement à la chaleur de l'été.

A descendre quelques mètres dans les calanques de Cassis, les eaux sombres et des recoins enfouis.

A me faire brûler par des méduses.

A boire la tasse, à me noyer dans les vagues.

A jouer pendant des heures avec mes copines sous l'eau.

A faire des danses et des concours de plongeons devant le grand bassin.

A embrasser mes petits copains à deux, trois mètres de fond. Mais sans la langue, beurk!

A contempler les rouleaux qui vous emmènent au loin, lorsque j'allais en Afrique.

A regarder les records d'Umberto Pellizzari à la télé.

A avoir eu la chance de pouvoir pratiquer l'apnée en piscine municipale, grâce aux nombreux maîtres nageurs qui me voyaient grandir chaque été à la piscine municipale de Brignoles, et qui avaient confiance en ma maîtrise.

Ma première aide? J'avais huit ans, il s'appelait Grégory, c'était le chef de bassin, et il m'a dit de décomposer mes mouvements sous l'eau afin de limiter ma dépense d'énergie.

Et puis mes dix ans, mes premiers vingt-cinq mètres en longueur, j'étais si fière.

Et puis j'ai tout arrêté. Sport, danse, vélo, natation, rollers, j'ai tout laissé tomber.

J'ai grandi. Enfin, pas tant que ça!

Et puis j'ai rencontré mon keum, le pêcheur solitaire, l'amoureux de la mer, le chasseur, l'apnéiste confirmé. Py l'indépendant.

Je deviens un Moustique, son p'tit Moustique tic tic.

L'albatros a un club, l'ASCM Toulon Apnée.

A moi s'ouvre alors un terrain inconnu : la descente en profondeur, les combinaisons, les harpons de chasse, la ventilation, la technique de la carpe, les champions qui se succèdent, les histoires, les performances, les disciplines, les échauffements, les équipements, les préparations...

 

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A ma première descente en mer, je veux tout faire, alors je fonce.

J'en sors avec un mal aux tympans phénoménales, le nez en sang. Quelle idiote.

Yannick, alors le "coach" de l'équipe, m'explique doucement le phénomène et la manière de décompresser.

S'en suit un long été fait de chasse (même si je ne chasse pas, je suis une sirène), de descente en mer, d'habitudes à prendre, de matériel à checker, de balades en bateau, de desserve au port, d'entraînements...

Fin de l'été 2008, je suis descendue, en quelques semaines, à près de 25 mètres.

Pas de quoi fouetter un chat lorsqu'on côtoie des hommes allant à plus de 50 mètres.

Inimaginable pour des gens qui peuvent à peine mettre la tête sous l'eau.

Je montre des vidéos à ma mère; elle prend peur, me demande de ne pas faire n'importe quoi.

Je me sens bien.

Je vais à quelques entraînements en piscine, je fais trois minutes en statique, un peu effrayée par les battements ralentis de mon coeur. Je sors en me disant que j'aurais pu faire dix fois plus.

Je découvre des gens passionnés, que j'ai d'ailleurs du mal à reconnaitre une fois habillés "normalement". Je suis intimidée, assez mal à l'aise, je découvre tant et tant de choses que je ne sais plus où donner de la tête.

 

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Tout s'arrête brusquement, le temps pour Py et moi de se séparer près d'un an.

Quand je vais à la plage, je regrette mes immersions, alors je me mets un peu de monoï, essaye de convaincre mes copines de venir nager avec moi, les tire par le bras pour aller en profondeur. Rien à faire.

Je suis seule alors je descends quelques mètres, je reste un peu en bas, et puis je retourne bronzer en ruminant.

Et puis... Nouvelle année, nouvelle saison, l'Homme Sans Coeur ouvre sa forteresse.

Le club s'est étoffé, les débutants nagent avec les confirmés, les compétitions se succèdent. Moustique est devenue Titia.

 

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Et moi?

Moi je ré-apprends à nager. Difficile pour l'ego d'une sirène de se rendre compte qu'elle ne nage pas si bien que ça, entourée de poissons.

Alors j'apprends, j'apprends la brasse-apnée, j'apprends à maîtriser mes palmes de chasse en piscine, j'apprends à me ventiler, tout le temps, deux fois par semaine, parfois le week-end, et j'apprends ce qu'est vraiment l'apnée dynamique.

Car l'apnée, ce n'est pas seulement du statique, c'est aussi plusieurs épreuves en compétition comme : le dynamique sans palmes, le dynamique avec palmes, le relais, le 16X50... Sans parler de l'immersion en mer.

 

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Et j'apprends.

J'apprends à vaincre les spasmes, du moins j'essaye, j'apprends à en vouloir, à avoir la rage lorsque mon corps souffre et me supplie de sortir au prochain virage.

C'est dur.

 

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Je m'équipe : palmes, palmes de chasse, souris, masque, shampoing, shorty, combinaisons, lunettes, chaussons, gants, ceinture de plombs, plomb de cou, bonnet...

Je fais de l'apnée avec mon mec. Parfois je grimpe sur son dos et on ondule, avec sa monopalme, comme des neuneus amoureux.

J'apprends à faire avec les rots et les crachats des mecs (moi aussi j'vous kiffe), j'apprends à me concentrer malgré les grognements de Lionel, j'apprends à me concentrer quand il fait froid, quand il pleut, quand une bonne pizza nous attend après. Qu'on serait mieux sous la douche.

Et quand j'ai plus envie de papoter que de me faire chier à ne pas respirer.

Et parfois on se dit : "mais pourquoi souffrir? J'ai mal, je veux sortir, laissez moi tranquille!"

Et on continue quand même.

 

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Mon premier mur franchi, mon premier virage, je peux enfin passer dans le groupe des bons, tout en restant la moins forte de leur groupe.

Progresser vite? Je n'en sais rien. J'aime le silence et juste entendre le son de ma glisse, de l'eau qui bouge au rythme de ma vitesse. J'aime être si contente quand je sors et que j'ai fait un max. J'aime l'ambiance à la fois sérieuse et bon enfant du club.

Je déteste être nulle. Alors j'ai encore peur de faire des compétitions.

Aujourd'hui, je regrette : toute l'équipe part pour une grande compèt, et moi je reste là, avec à la clé une convention de fitness qui va me briser le corps (et c'est ce dont je rêve depuis ces deux mois où j'ai arrêté la salle de sport!). Mais je regrette de ne pas y aller, de me confronter au stress et à l'ambiance d'une vraie compétition.

Et puis.

Je ne fais pas de l'apnée parce que c'est l'occasion grâce à mon mec.

C'est plus que ça.

C'est enfin sorti de mes fantasmes d'enfant et je ne veux plus m'arrêter.

Je travaille mon mental, c'est trop complexe pour n'y aller qu'au physique (surtout quand on fume, qu'on fait un mètre cinquante les bras levés, et qu'on a une cage thoracique digne d'un enfant de 10 ans).

Je veux être la meilleure. Je veux laisser sortir ma rage.

C'est d'ailleurs mon point faible : je vais trop vite, je bombarde trop, je me calme peu, j'en veux j'en veux toujours plus. J'apprends à ne pas franchir la limite que m'impose mon corps (samba, perte de contrôle, syncope...).

Je travaille ma technique, de jour en jour, j'ai vraiment l'envie de progresser.

J'aime profondément être sous l'eau, en mer, en piscine, me rouler dans les sables à vingt mètres de fond, m'accrocher aux rochers, la tête en bas. J'aime la sensation d'être libre quand je regarde passer les plongeurs en 2D avec leurs bouteilles.

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Je suis libre et je suis apnéiste.

 

Commentaires

Ca donnerait envie de s'y mettre ! Même moi qui aime pas l'eau ! :p

Dis tu me feras descendre et tu me laisseras au fond un de ces 4 que je vois ce que ça donne ? ;)

Écrit par : John c'est pas Fair | 12/06/2010

promis mon Jo !
cet été on va à la plage, on descendra à deux trois mètres en se tenant la main :)

Écrit par : titia | 12/06/2010

Magnifique article, qui retrancrit bien l'émotion, les sensations, l'amour de l'apnée, ce sont des paroles dignes de la sirène que tu es!!!!!!!

Je me suis régalé en le lisant, merci!!!

Écrit par : PY | 13/06/2010

Un grand bravo Titia pour cet article, ce bout de toi qui vient de me tenir en haleine pendant quelques minutes et qui m'a marqué, profondément! je crois qu'il va m'insuffler une certaine force pour ma première démo en monopalme de ce soir !
Merci Miss !!
Beaucoup d'émotions, de sensibilités, et l'on sent que ça vient du fin fond de toi, des tripes comme on dit !!
Une petite sirène qui va en devenir une Grande ! j'en suis intimement convaincue !

Je t'embrasse fort !
Marie (Marinette)

Écrit par : JACQUEMIN | 26/06/2010

Un grand bravo Titia pour cet article, ce bout de toi qui vient de me tenir en haleine pendant quelques minutes et qui m'a marqué, profondément! je crois qu'il va m'insuffler une certaine force pour ma première démo en monopalme de ce soir !
Merci Miss !!
Beaucoup d'émotions, de sensibilités, et l'on sent que ça vient du fin fond de toi, des tripes comme on dit !!
Une petite sirène qui va en devenir une Grande ! j'en suis intimement convaincue !

Je t'embrasse fort !
Marie (Marinette)

Écrit par : JACQUEMIN | 26/06/2010

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